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Un an à vélo en Amérique du Sud

800 km de plus en Colombie

Nous avons mis le cap au sud à partir de Pereira, dans la région caféière. Nous avons commencé par nous arrêter 24 heures à Salento, petit village du far ouest colombien perché à 1600 mètres d’altitude. Les ruelles sont très jolies, les hommes jouent au billard en sirotant des bières, un sombrero sur la tête et un poncho sur l’épaule. C’est très dépaysant et ça respire la quiétude. De Salento on peut aller dans la Vallée de Cocora, connue pour ses palmiers de cire, palmiers géants au milieu de prairies ou paissent les vaches. Ce coin est vraiment sublime.


Le but suivant était d’aller dans le désert de la Tatacoa, moi qui n’ai jamais vu de désert, j’en avais très envie! Seul petit inconvénient, ce désert se trouve dans la vallée entre la cordillère centrale et la cordillère orientale et nous étions entre la cordillère occidentale et la centrale…ce qui veut dire qu’il y avait une cordillère à traverser…c’est en 6h (pauses comprises) que nous sommes venus à bout du col de la Linea à 3285 m d’altitude, soit un dénivelé positif de plus de 1700m sur 22 km!! Cette côte est réputée comme l’une des plus difficiles de Colombie, encombrée de camions en tout genre, elle n’est cependant pas si dangereuse car les camions sont très lents et nous dépassent en respectant un large espace de sécurité souvent accompagné d’un mot d’encouragement! Les 8 derniers kilomètres sont les plus difficiles, très raides d’autant plus que les jambes et les fesses commencent à fatiguer un peu tout de même… Heureusement une descente d’une quinzaine de kilomètres nous attend ensuite, nous doublons même les camions et dépassons les limites de vitesse! Quel bonheur!

 Nous nous arrêtons le soir dans un bled où passent tous les camions qui vont du sud au nord de la Colombie sans passer par Bogotá, c’est un défilé continu à toutes les heures du jour et de la nuit, mais la fatigue aidant, nous oublions le bruit des freins de ces camions. La route n’est pas toujours des plus bucoliques, nous apprécions le plat (nous n’en aurons qu’une seule journée sur 20 jours), mais moins l’odeur de l’huile chaude et les projections humides des camions et bus… Heureusement, nos hôtes sont toujours très charmants et nous pouvons nous décrasser chaque soir pour de très modiques sommes.

Quelques jours plus tard, nous voici en train de traverser le Rio Magdalena (le plus long fleuve de Colombie qui va se jeter dans la mer des Caraïbes) pour rejoindre le Désert de la Tatacoa!

Mais nous avons mal évalué les distances (il faut dire que les autochtones ont une notion des distances bien particulière aussi…) et nous voilà obligés de camper au milieu des cactus, dans un paysage déjà désertique, seuls les moustiques viennent troubler ce campement bien tranquille.

 Nous partons le ventre vide le lendemain matin pour le désert, heureusement il y a une petite ville avant et un petit déjeuner traditionnel nous requinque : caldo (soupe au pâtes et cou de poule), riz, arepa, patacones (bananes plantains écrasés frites) et oeufs. Le désert est tout petit en fait, il y pleut pas mal mais l’eau n’est pas retenue par le sol, ce qui forme de drôles de paysages. Je ne suis pas déçue!

Nous ne sommes pas seuls dans ce désert : deux officiers français viennent faire des essais de tirs de mortier dans ce même désert, nous nous sommes improvisés traducteurs le temps des tirs, car ces français ne parlaient pas un mot d’espagnol…no comment! Ils nous ont dit qu’ils faisaient juste des essais, mais qu’après ils ne savaient pas si les armes seraient vendues aux colombiens, bah non bien sûr!! Le premier tir est arrivé à 800 mètres de la cible, en pleine forêt, les règles de sécurité ont l’air bien différentes ici, ils tirent en zone touristique, des bombes de 43 kg, j’en ai froid dans le dos malgré les 45 degrés ambiants…

Même si le paysage est relativement plat ensuite, ce ne sont que montées et descentes, voire faux plats, autrement plus difficiles que le petit entraînement sur la côte! Il y a des moments où je me demande bien pourquoi j’ai choisi de parcourir ce continent en vélo…Le soleil tape dur en milieu de journée, mais comme nous avons du mal à partir avant 8h30 le matin, nous sommes parfois obligés de pédaler aux heures chaudes…ce qui vaudra à Alexis une petite insolation et une pause obligée sur la plaza mayor de Garzón un samedi après midi au milieu des concerts, défilés de campagne électorale et autres animations…Les élections approchent, le 30 mai a lieu le 1er tour, tout le monde est assez préoccupé et concerné par ces élections, Santos (candidat successeur de Uribe) et Mockus (candidat vert) jouent les coudes à coudes, c’est intéressant de voir les différents points de vue de la région de Medellin, d´où vient Uribe, et de Bogotá et d’ailleurs qui aspirent encore à beaucoup de changements et surtout à une démocratie en paix.

Nous arrivons le 17 mai à San Agustin, village dans les montagnes à la température idéale de 20 degrés toute l’année en journée avec des nuits fraîches. La région est montagneuse mais cultivée : bananiers et caféiers notamment. C’est le berceau des civilisations pré-colombiennes : les sépultures étaient entourées de pierres sculptées de figures étranges dont les significations ne sont pas toujours connues. 

Nous sommes hébergés par un couple d’allemands Igel et Paola qui accueillent les cyclotouristes du monde entier dans leur finca (ferme) par solidarité puisqu’eux ont bourlingué à vélo pendant 7 ans sur le continent américain! Nous trouvons là Jacinthe et Joël qui ont remonté toute l’Amérique latine à vélo, Jacinthe a d’ailleurs passé plusieurs mois seule à vélo, j’ai encore beaucoup à découvrir, mais ces rencontres et partages d’expérience me font beaucoup de bien! 

Après nous être bien reposés, nous reprenons la route en direction de Popayan de l’autre côté de la cordillère centrale : 126 kilomètres de piste, dont une bonne moitié en montée, sont au programme… Le gouvernement régional est en train de faire goudronner la route, le passage des parties en travaux est pénible (on respire de la poussière, on pousse les vélos dans les gravas), mais ensuite la route se perd dans la forêt qui couvre les flancs pentus de la cordillère à perte de vue, aucun guérillero n’a été vu récemment, c’est donc en toute tranquillité que nous profitons de ces beaux paysages. Par contre, nous avons la consigne de ne pas nous éloigner de la route car la région est encore truffée de mines anti-personnelles, l’une des plaies de la Colombie.

 

Nous montons jusqu’à plus de 3000 mètres d’altitude et découvrons le páramo : écosystème caractéristique des hauts plateaux andins de Colombie, Equateur et Pérou. Sur ce genre de route on ne doute pas une seconde de l’intérêt du voyage à vélo! C’est fou ce que l’on profite mieux du paysage lorsqu’on est vélo plutôt qu’en bus.

Au bout de 2 jours de traversé, nous arrivons boueux et exténués mais heureux à Popayan. Cette petite bourgade aux ruelles coloniales nous charme mais nous n’y passons qu’une nuit avant de prendre un bus pour Ipiales, près de la frontière avec l’Equateur.

31 05 2010 » Colombie