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Un an à vélo en Amérique du Sud

Un peu de temps pour les anciens

Miguel Angel Carlosama vient de monter un projet destiné aux personnes âgées des communautés indigènes proches de La Esperanza, un village non loin d’Ibarra. Il a un budget de 44 000 USD de l’Etat pour cela. Les mercredi, jeudi et vendredi matins de chaque semaine, il les reçoit dans la maison communale. La majorité est issue des communautés Quechuas et vient vêtue des  habits traditionnels. Il m’a demandé de l’accompagner dans une de ces matinées et de les photographier.

Miguel Angel part de chez lui à pieds, à 7h30. Il allume son talkie walkie et annonce sa prochaine arrivée à la maison communale. En arrivant à 7h45, il salue son équipe et convient du menu avec les cuisinières qui sont déjà au fourneau. En effet, il offre petit déjeuner et déjeuner aux anciens afin de leur garantir un certain équilibre alimentaire. Certains des anciens peuvent lire, il affiche donc le menu du jour.

Petit à petit arrivent les anciens : certains à pieds, d’autres en camionnette et une majorité par un bus affrété tout spécialement. Les retrouvailles le matin sont très chaleureuses, tous semblent heureux d’être là et l’entraide prime pour que chacun puisse descendre en toute tranquillité du bus. Je suis frappée par les regards surpris et heureux de ces personnes lorsqu’elles m’aperçoivent. Elles se précipitent pour me serrer la main, me donner une tape à l’épaule, m’embrasser et me remercient déjà de venir les voir.

Une fois tous installés autour des tables disposés en carré pour que tous puissent se voir, Miguel Angel les accueille. Il me présente et leur explique que je voyage à vélo, seule et que nous nous sommes rencontrés la semaine passée alors que je passais par là à vélo, accompagnée. Les questions fusent, je raconte mon projet, le déroulement d’une journée à vélo, je leur parle de nos vieux à nous, en France, des maisons de retraite. Ils sont très curieux, me demandent où est mon mari, pourquoi je suis là.

Avant de prendre le petit déjeuner, tous doivent se laver les mains avec l’eau chaude et savonneuse qu’on leur apporte. Chacun est venu avec sa serviette pour s’essuyer les mains. C’est par là que commence l’hygiène que leur apprend Miguel Angel. Il m’a raconté qu’un jour sont venues des esthéticiennes pour leur couper les cheveux, les ongles, leur laver les pieds. Certains se sont laissés faire avec plaisir, d’autres par contrainte, d’autres n’ont surtout pas voulu qu’on leur coupe les cheveux, car ils sont sacrés pour les Quechuas, mais tous ont appris à prendre un peu plus soin de leur corps.

Le petit déjeuner aujourd’hui consiste en un lait d’avoine sucré et chaud et des raisins frais chiliens. Ils se font servir dans les tasses et bols propres qu’eux-mêmes ont apportés. Dans quelques semaines, Miguel Angel aura reçu les couverts et assiettes nécessaires. Chacun veut me faire une place à ses côtés pour avoir le privilège de me parler. Finalement je m’installe sur une chaise d’enfant à côté d’une ancienne, sourde d’oreilles. Mais avec des sourires et des mains nous nous comprenons très bien.

Miguel Angel leur explique l’importance de l’hygiène, leur annonce l’arrivée du docteur comme tous les jeudi matin et leur explique qu’il est très important qu’ils consultent les médecins du village régulièrement et qu’ils se confient à eux. L’espagnol alterne avec le Quechua. Tous parlent Quechua, la majorité parle espagnol aussi. Le Quechua est une très jolie langue, mais je n’y comprends rien, sauf quand viennent s’insérer quelques mots espagnols.

Chacun va laver ses couverts, puis nous commençons une séance de photos de groupe. Ils aiment beaucoup ça et les femmes se refont une beauté avant que je les immortalise !

Pendant ce temps, ceux qui en ont besoin vont voir le docteur en consultation. La file s’agrandit de plus en plus, la pièce déborde presque ! Miguel Angel répète que le docteur n’est là que pour les urgences et que pour le reste, les médecins du village sont là tous les jours. Une femme est tombée avant de venir ce matin, elle a du mal à marcher et semble souffrir, le médecin lui prescrit antidouleurs, bandage et repos.

La matinée passe tranquillement, le déjeuner se prépare. Je ne peux malheureusement pas rester car j’ai rendez-vous en ville avec Lola, l’épouse de Miguel Angel, pour faire les courses et préparer le repas du soir, qui sera français !

Les adieux sont très émouvants, ces petits vieux sont bien attachants. Chacun a un mot d’encouragement et de félicitation aux lèvres, je fais de mon mieux pour leur exprimer ma joie d’avoir aussi partagé ses instants. Les applaudissements retentissent, j’en sors toute émue et pleine de courage pour la suite de mon voyage. Je me rends compte quelle joie peuvent ressentir ces personnes à imaginer des horizons nouveaux. Il suffit juste de leur consacrer un peu de mon temps.

Miguel Angel espère que ce projet va perdurer, qu’il sera reconnu par le gouvernement pour ensuite essaimer l’idée dans d’autres communautés en Equateur. Il aimerait trouver des fonds pour construire une maison de rencontre pour ces anciens, qu’ils puissent disposer d’un lieu à eux, avec des sanitaires, des douches, une cuisine aux normes d’hygiène.

09 06 2010 » Equateur, Rencontres