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Un an à vélo en Amérique du Sud

Parenthèse à Huaraz

Je m’étais donnée 5 jours de pause à Huaraz en quittant Trujillo, et voilà que cela fait déjà 2 semaines ! C’est ça qui est bien lorsque l’on n’est pas trop pressée par un avion à prendre, c’est qu’on peut prendre la liberté d’être surprise par un lieu et ses habitants. Bon, ceci dit, heureusement que mon frère arrive à Lima très bientôt sinon je serais restée un moment à sillonner cette cordillère et j’en oublierais que des tas d’autres découvertes m’attendent sur la route!


J’ai donc troqué la cocomovíl pour des chaussures de marche, des crampons et des chaussons d’escalade le temps de cette parenthèse.

Le hasard du calendrier a fait que j’ai retrouvé Alexandra et Julien un jour après mon arrivée à Huaraz, Alexandre (cycliste français rencontré 5 jours auparavant) et moi venions de laisser partir Fred et Anne-Claire qui devaient poursuivre leur route.


Nous sommes partis tous les quatre pour faire le trek de Santa Cruz au pied des plus beaux sommets de la cordillère.

 Ce trek est très couru : environ 80 guides et muletiers attendent chaque jour les touristes en haute saison (c’est en ce moment). Nous avions décidé de faire le trek à l’envers, sans guide ni muletier ni mule et avec des variantes, hors du chemin normal. Le premier campement n’était pas bien haut : 3800 m (Huaraz est à 3080m), mais cela m’a suffit pour passer une nuit mouvementée et partir le lendemain le ventre vide…en route pour une journée de variantes, avec un peu plus de 9 heures de marche!

600m de dénivelé en pleine pente (car nous n’avions pas trouvé le chemin) dans les herbes pour arriver au niveau de lacs superbes,

des cols à plus de 4600 m qui nous ont bien fait souffrir, mais des vues tellement belles que nous oublions vite toutes les difficultés.

Nous dormons au pied de l’Alpamayo, sommet qui détient depuis 1966 le titre de la plus belle montagne du monde, mon plus beau campement ! Cette fois nous sommes à 4300 m et le MAM (Mal Aigu des Montagnes) s’en est allé.

Sur le chemin, nous croisons des centaines de mules, chargées comme des mules…Ces dociles petites bêtes me peinaient avec leur air triste, leur garrot abîmé,

jusqu’à ce que l’une d’entre elles, affamée, croque mon appareil photo, négligemment posé sur l’herbe lors de la dernière pause déjeuner !!! Nous étions tous occupés à lui faire desserrer les dents, il n’y a donc pas de photos de l’événement ! Apparemment ce serait le sel déposé sur l’appareil qui l’aurait alléchée…entre nous, elle aurait pu choisir le fromage juste à côté, elle aurait eu des protéines et cela m’aurait évité bien des galères de cadrage…vous excuserez donc la baisse de qualité sensible de mes récentes photos…

De retour à Huaraz, Andrés, patron argentin de l’agence Andean Kingdom, me propose de venir avec lui et deux amis autrichiens grimper le Vallunaraju, 5686m, non loin de Huaraz.

Silvia et Peter vivent à Innsbruck, Peter est guide haute montagne et forme les sauveteurs en montagne tyroliens, nos discussions se font dans un mélange d’espagnol, anglais, français et allemand assez rigolo « Wie lange fueron a Huayhuash? Ochto Tagen but we had donkees ».
Après une « nuit » d’insomnie, l’heure du lever arrive enfin à 1h du matin, nous partons tranquillement à 2h30. Nous atteignons le pied du glacier vers 4h30. Assez vite, les autrichiens quinquagénaires nous dépassent…J’ai du mal à m’adapter au rythme d’Andrés : il va très vite puis s’arrête souffler assez souvent, mes chaussures sont tellement rigides que je ne peux pas grimper de face la pente, même toute douce…

 La dernière montée au sommet est superbe : une énorme corniche d’un côté et une belle pente de l’autre, il ne s’agit pas de dévisser.

En même temps il y a des sortes de marches qui font que ce n’est pas difficile.  

La vue au sommet à 8h du matin est splendide : au nord la cordillère blanche, au sud la cordillère blanche et au loin la cordillère Huayhuash, à l’ouest, la cordillère noire et la mine d’or à ciel ouvert de Huaraz.

A la descente, je fais mon premier vrai saut de crevasse, le pont passé quelques heures auparavant n’y était plus, je n’étais pas franchement rassurée…


Pierina, la mine d’or, a commencé à être exploitée il y a 10 ans par le canadien Barrick Gold Corporation. La mine brasse beaucoup d’argent, 98% de ses employés sont péruviens (mais pas nécessairement de la région) mais pour autant les richesses ne semblent pas profiter à tous. Les employés de la mine préfèrent dépenser leur argent à Lima plutôt qu’à Huaraz, ils ont d’ailleurs tout ce qui leur faut autour de la mine (soins de santé, supermarché etc.). Il y a des zones de bidonvilles dans Huaraz, les routes sont dans un état lamentables : le goudron est de tellement mauvaise qualité, qu’une fois posé, il ne tient que 4-5 mois avant que la piste caillouteuse reprenne ses droits. Mais tout cela n’empêche pas Huaraz d’attirer des étrangers qui montent des agences touristiques, des bars, des crêperies, des hôtels et des pizzerias et bien d’autres commerces encore. Le soir, dans les bars, c’est l’ambiance retour d’expédition qui domine, souvent joyeuse mais pas toujours car la montagne n’est pas sans dangers…

Nous avons d’ailleurs fêté notre retour de trek autour d’une bière de coca au 13 Buhos, enfin quand je dis une bière c’est une façon de parler, car il a fallu d’abord goûter les 4 types de bières du patron Lucho puis faire honneur à toutes les autres spécialités de la maison.

Nous qui étions coutumiers des couchers entre 19h30 et 21h30, et bien nous nous sommes surpris à rentrer à 3h30 du matin ! Interdiction de venir à Huaraz sans goûter la bière de coca du 13 Buhos ! Lucho et Hélène m’ont ensuite invité à manger un magret de canard, un vrai, j’en avais presque les larmes aux yeux !! .

A quand les planches de foies gras et fromages crémeux au 13 Buhos?

Je suis allée aussi grimper dans une forêt de pierres à 4200 m, la plus haute zone de blocs du monde! Depuis 4 ans, des voies sont ouvertes sur de belles parois volcaniques! Un endroit hors du monde et hors du temps, tout simplement génial.

La cocomovíl a le droit à de nouvelles poignées ergonomiques pour soulager mon nerf cubital de la main gauche (information de grande importance, vous en conviendrez). Elle est prête à reprendre la route! Si tout va bien on commence par une traversée de la cordillère avec un passage à 4884 m…et une arrivée prévue à Lima (en bus) d’ici le 9 août.

07 08 2010 » Pérou

5 Responses

  1. alexis août 8 2010 @ 17 h 00 min

    tu as repéré un bon spot pour monter la première boulangerie-patisserie française de Huaraz?!

  2. Anne août 10 2010 @ 16 h 35 min

    Ces photos font rêver, c’est superbe. Et un poil plus haut que les Pyrénées où j’ai très modestement passé 24h avec Arnaud la semaine dernière, en pensant bien à toi et à nos 2 expéditions pyrénéennes. Je vois que tu as encore fait de belles rencontres, cela me réjouit beaucoup. Je suis contente que tu aies pu trouver les poignées pour la Cocomovil!

  3. Caro août 25 2010 @ 14 h 36 min

    Hello ma Coco,

    Je vois que tu continues à arpenter les montagnes dans la joie et la bonne humeur ! Merci pour les photos, qui sont superbes. J’espère que tu t’en sortiras un peu mieux pour sympathiser avec les mules affamées 😉
    De notre côté, retour à Paris après des vacances indiennes et un pti tour dans le sud… trop court mais très agréable. Prends soin de toi et gros bisous

  4. Marie août 26 2010 @ 17 h 45 min

    Coucou de mirepoix d’où tu dois avoir des nouvelles régulières.
    Je regarde régulièrement et avec admiration tout ton chemin parcouru!
    Sans répéter les autres, profite bien du temps présent en essayant de prendre soin de toi.
    bye

  5. Hélène juin 12 2011 @ 13 h 11 min

    héhéhé ! coucou c’est nous !
    La saison a repris ici à Huaraz, et les soirées du bar sont super animées, entre autre avec l’équipe de « Rutas Mortales » de History Channel (une cinquantaine de gringos déchainés). Donc bientôt à voir ce reportage qui te fera sentir encore plus fière, oui tu seras passée à vélo sur cette ruta mortal (vers canon del pato a priori).
    A une prochaine 🙂