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Un an à vélo en Amérique du Sud

Pédaler aux pieds des glaciers sous le soleil…

Après le récit d’une de ma pire journée sous la pluie, voici maintenant celui d’une de mes plus belles journées de vélo !
Après avoir quitté Huaraz, j’ai choisi de continuer par l’intérieur du Pérou et de traverser le parc Huascarán par son côté sud. Le premier jour, j’avais prévu de partir à 5h du matin pour traverser dans la journée la cordillère blanche avec un passage à 4884 m, je n’avais pas le droit à l’erreur, n’ayant pas de tente, il aurait été un peu osé de bivouaquer à plus de 4000 m avec un duvet confortable à +10 degrés…Mais ma soirée d’adieux à Huaraz a duré plus longtemps que prévu et je n’ai pas réussi à partir si tôt. J’ai pris un bus jusqu’à Catac et à 10h30 j’étais sur la selle.


La montée s’avère bien difficile, il faut dire que les derniers jours n’ont pas été franchement reposants.

Après 19 km de côte, j’arrive à 13h au poste de contrôle du parc Huascarán et le gardien me convainc de rester dormir au poste et de partir le lendemain pour la longue traversée du parc. M’étant endormie devant le poste de contrôle, une paysanne avec ses chiens et son agneau m’a réveillée, nous étions toutes les deux un peu surprises ! Je l’ai ensuite suivie dans sa petite hutte où elle vit avec sa fille (cf. rubrique rencontres).

Le lendemain, le gardien m’apprend que quelques semaines avant mon passage, un de ses collègues a été tué dans la chambre même où j’ai dormi…brr…il aurait été impliqué dans des affaires de drogues. La nuit, apparemment, il y a des camions qui passent parfois par là avec de la drogue venant de la forêt amazonienne.

Je prends la route vers 9h après un bon bol d’avoine et de quinoa. Le temps est magnifique mais froid.

A plus de 4000 m, je suis surprise par le nombre de huttes que je sais habitées.

Les troupeaux de vaches et moutons paissent tranquillement. Des Puya Raimondis (plantes endémiques des hauts plateaux andins de la famille des Broméliacées, pouvant vivre 100 ans et ne fleurissant qu’une fois avant de mourir !) bordent la route.

Voyez comme c’est impressionnant !

La piste monte tranquillement mais sûrement. Le paysage est superbe, les pics rocheux surplombent une vallée de puna (l’herbe jaune).

Petit à petit j’aperçois quelques cimes enneigées.

Vers 11h heures, les bus touristiques me dépassent, ils vont tous au glacier Pasto Ruri où il était possible jusqu’à récemment de skier, ce qui est maintenant interdit pour le préserver. Moi, je ne prends pas la bifurcation mais déloge un peu plus haut deux vigognes qui crient d’une façon très étrange !

Je suis en face du nevado Huarapasca, dont les glaces bleutées enrobent majestueusement les courbes.

Après ce passage, je ne croiserai qu’une seule voiture de toute l’après midi. La route descend de 400 m vers une autre vallée entourée de roches grises, bleues, jaunes, rouges et même vertes !

Je regrette de ne pas en connaître un peu plus long sur la géologie, ces paysages sont vraiment passionnants, ils semblent raconter leur formation. Je rencontre un troupeau d’Alpagas avant d’apercevoir ce que je crois être le fameux passage à plus de 4880 m, il me faut grimper à nouveau 600 m de dénivelé !

La route sinueuse me mène tout au pied du glacier du mont Cajap.

Le froid se fait sentir, je reste en admiration devant cette blancheur bleutée avec toutes ces crevasses, devant ces falaises soutenant les glaces éternelles, c’est impressionnant de passer si près de la glace à vélo.

Je repense à Joe Simpson, cet alpiniste qui a réussi à sortir d’une crevasse avec un genou cassé en 1985 lors de la descente catastrophique du Siula Grande dans la cordillère Huayhuash – cf. Touching the void, Joe Simpson). C’est si beau cette glace vue du bas, mais si inquiétant en même temps. J’en ai plein les yeux, c’est magique ! Je savoure la solitude dans laquelle je me trouve, il n’y a aucune âme qui vive par ici et les paysages me comblent.

Ensuite je grimpe près des crêtes, je frôle les 4880 mètres d’altitude mais n’atteins toujours pas le point le plus haut, cela me prend encore deux bonnes heures ! Je profite encore une fois de la vue sur la cordillère blanche,

avant de descendre ensuite au cœur des roches riches en minéraux.

Il est déjà 17h quand je quitte le parc, il me reste une vingtaine de kilomètres et ici il fait bien nuit à 18h30 ! La région est entièrement exploitée par les mines, des villages de miniers ont fleuri, je n’ai pas franchement envie de m’y arrêter.

Heureusement tout est en descente et en plus le goudron est tout frais ! Par contre, au premier virage je me fais attaquer par trois chiens immenses, l’un deux attrape une de mes sacoches par le haut et la déchire…il y laisse même du sang. Je préfère qu’il se soit attaqué à mes sacoches waterproof plutôt qu’à mes mollets, mais quand même, je déteste vraiment de plus en plus les chiens…J’arrive avant la nuit à Huallanca, après ces 69 kms dont 40 de montée, les yeux fatigués par tant d’images incroyables !

27 08 2010 » Pérou

7 Responses

  1. Michelle août 28 2010 @ 9 h 37 min

    Ma belle!
    Tu as l’air en effet comblée! Ca fait plaisir à lire! où seras-tu déjà vers fin janvier? je me prendrai bien un petit moment pour aller te retrouver…
    Bises
    Michelle

  2. Anne-So août 28 2010 @ 12 h 44 min

    Merci pour ce magnifique récit !

  3. Alexis août 29 2010 @ 2 h 24 min

    Ça a dû être incroyable de se balader toute seule dans des paysages aussi beaux et sauvages.
    La première photo est un clin d’oeil sur la beauté ?!
    Beijos e muito mais…

  4. admin août 29 2010 @ 2 h 31 min

    la premiere photo est une image de l’état dans lequel j’etais en prenant la route ce jour là… »les yeux pas vraiment en face des trous » comme on dit vulgairement vers chez moi….

  5. Anne-F août 31 2010 @ 22 h 07 min

    Hello miss,
    Je prends enfin le temps de surfer sur ton site.
    Ouahha paysages grandioses et magiques!
    Ça donne + qu’envie!
    Je risque d’être en Argentina mais sans grande certitude, tu seras où en décembre? Prends soin de toi et mets t’en plein les mirettes!!!
    Biz, Anne-F

  6. Georges T novembre 2 2010 @ 9 h 00 min

    Bonjour,cela me rappelle bien des souvenirs. Bravo pour la performance et bonne route pour la suite. Bises Georges

  7. Hélène juin 12 2011 @ 12 h 56 min

    Il faut que je me retrouve à 6h du mat dans le hall d’un hospedaje de Miraflores pour prendre le temps de savourer ton blog…magnifique !
    Dire que tu m’avais presque convaincue de t’accompagner une partie de cette journée incroyable…je pense que je ne m’en serais toujours pas remise…40 km de montée !!!! Bravo