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Un an à vélo en Amérique du Sud

La Cocomovíl au pays des gauchos

J’ai rencontré Mauricio dans le Nord de l’Argentine entre San Antonio de los Cobres et Mendoza.

Il est gaucho, héritier d’une lignée de gauchos depuis le 17ème siècle. Les premiers gauchos étaient descendants des Espagnols nés en Argentine, ou alors métisses. Connus pour vivre hors des lois, manier le couteau et l’art équestre comme nuls autres, les gauchos ont participé aux guerres libératrices de l’Argentine au sein del Ejercito del Norte puis au sein del Ejercito de los Andes, armée libératrice du Chili et du Pérou, dirigée par le général San Martin.

Mauricio aime les traditions, il fait parti d’une agrupacíon gaucha qui défile lors des fêtes traditionnelles, organise des cours de dressage de chevaux, d’autres de danses folkloriques.

Mais il n’est pas conservateur pour autant et est prêt à changer ses habitudes, à encourager les réformes sociales de l’état. La mondialisation est arrivée jusqu’à Mauricio, il boit beaucoup de coca, mange des pizzas et roule à moto.

Mauricio parle un peu anglais, parfois un peu français, il connaît la géographie du monde, il est curieux de connaître d’autres cultures et m’accable de questions sur la France, la cuisine, ma famille…

Mauricio aime partager les bons moments avec ses amis autour d’une bière ou d’un asado (barbecue). Il n’hésite pas à y inviter un étranger de passage !

C’est d’ailleurs comme ça que je l’ai rencontré, alors que je passais sur la route devant lui et sa famille en train de préparer un asado sous l’unique arbre de cette vallée déserte, il m’a invité à les rejoindre ! Nous avons bu du bon vin et mangé de la viande absolument excellente. La viande reste un produit de base de l’alimentation en Argentine (près de 60kg par habitant par an,) malgré la forte hausse de son prix depuis 1 an (cf. source).

Mauricio aime le bon vin il en boit environ 27 litres par an (données 2008) à comparer avec les 47 litres bus par un français en moyenne (données 2008-2009) Il m’a ensuite invité à venir chez eux. Cette hospitalité ne se refuse pas !

Mauricio possède 5 chevaux, des Paso Peruanos, réputés pour leur allure très confortable à quatre battues (il avance l’un après l’autre les pieds d’un côté puis de l’autre) et leur résistance. Il aime s’évader dans la nature à dos de cheval quand il ne va pas rassembler ses bêtes ainsi. Il monte de manière très décontractée, sait manier le lasso.  Lui n’a pas appris à monter dans un manège ! Il m’a même emmené en ballade !

Mauricio aime les chapeaux, il en a toujours un vissé sur le crâne et toute une collection chez lui.

Mauricio est un dragueur invétéré, dans la rue ou sur la route, il  n’hésitera jamais à siffler ou interpeler une fille qui passe.

Autour de lui, les femmes sont plutôt discrètes, elles sont beaucoup plus réticentes à ouvrir les portes de chez elles à des inconnus, même si c’est à une fille seule qu’elles ont à faire. Il faut qu’elles aient la permission de leurs parents. Elles ne saluent généralement pas les cyclistes de passage. J’ai rencontré un certain nombre de jeunes mères, vivant chez leurs parents, ayant abandonné le lycée à cause d’une grossesse et ne cherchant pas à reprendre les études ou à travailler.

D’autres au contraire sont très accueillantes : elles m’offrent un fruit ou un repas et certaines n’hésitent pas à siffler les hommes (c’est ce qui arrive à Alexis quand j’ai le dos tourné !). On voit beaucoup plus de femmes au volant d’une voiture ou d’une moto qu’en Bolivie ou au Pérou.

Mauricio parle de certains de ses amis comme de El Turco, El Italiano, El Árabo, pour stigmatiser un argentin arrivé plus récemment ici (c’est seulement la 3ème ou 4ème génération présente…). Les boliviens travaillant en Argentine semblent l’incommoder (on m’a proposé de changer de siège dans un bus lorsque 4 boliviens sont venus s’asseoir à côté de moi parce que leur odeur risquait de me déranger), serait-il légèrement xénophobe ?

Mauricio est croyant. Avant de prendre la route, il va se recueillir à un sanctuaire dédié au Gauchito Gil, ou parfois il dépose une offrande (bouteille d’eau, cigarette) sur l’autel dédié à Difunta Correa.  Tous deux sont supposés accomplir des miracles et protéger les conducteurs. Toutes les routes sont bordées de ces petits sanctuaires.

Les fêtes religieuses sont très populaires dans la région et, à l’école publique du village où vont les enfants de Mauricio, on fait une prière et une bénédiction avant la fête annuelle.

Mauricio vit dans un petit village verdoyant alors qu’autour le paysage n’est que sable et cactus. L’eau des montagnes proches est acheminée par des canaux pour irriguer les champs de noyers, d’oliviers, les vignes et les vergers.

A peine quittée cette oasis, il faut affronter le vent Zonda, qui vient de la Patagonie Chilienne, s’est asséché en remontant jusqu’au nord de l’Argentine et change de direction en fonction des vallées. Il est sensé se lever à midi, mais je l’ai très souvent affronté dès 8h du matin ! Je hais ce vent…

Heureusement, la plupart des routes sont goudronnées mais ne vous avisez pas de la quitter ou vous serez vite attaqués par les épines des cadrons (cactus locaux). J’ai eu jusqu’à 8 épines en même temps vissées sur mes 2 pneus !!

Il y a souvent 50 ou 60 kilomètres de désert entre 2 oasis dans cette région, il faut donc prévoir suffisamment d’eau pour la journée qui sera longue, la plupart du temps 90-100 km. Mais quel bonheur de ramasser des abricots ou des prunes chauffés au soleil sur le bord de la route à l’arrivée !

Il y a dans ce Mauricio un peu de chaque personne rencontrée sur la route entre San Antonio de los Cobres et Mendoza, j’espère que ce portrait imaginaire vous a fait vivre l’Argentine comme je l’ai vécue ces dernières semaines !

13 12 2010 » Argentine

5 Responses

  1. Alexis décembre 13 2010 @ 22 h 19 min

    et ce dragueur invétéré il a tâté le terrain avec toi ?!

    intéressant d’apprendre qu’il existe des chevaux qui marchent à l’amble !!

    bisous

  2. fanny décembre 14 2010 @ 10 h 03 min

    Très bel article. Joli portrait.

    Bonne continuation et prends soin de toi Coralie.
    bisous

  3. Philippe décembre 16 2010 @ 23 h 43 min

    Ton message me fait penser que le Vélib’, c’est vraiment dépassé. A paris, il nous faudrait le chevalib’.
    Merci pour ces récits qui font voyager et changer de saison (Ce soir, pas un seul abricot mûr ni la moindre prune à cueillir rue Saint Lazare, mais des millions de gens qui se pressent sous la pluie devant les vitrines de Noël des grands magasins).

  4. mama pollo décembre 19 2010 @ 16 h 37 min

    Eh oui ma petite fille tes parents sont débordés, comme d’hab. et se posent 10 000 questions avant d’oser prendre le temps d’aller sur ton site, on attend parfois les commentaires du toulousain ou du glounch avant de se décider!! là ça y est il y a du nouveau, Coralie en gaucha vaut le détour!!! sais- tu que le petit gaucho qui t’embrassait sous la table pendant que nous dégustions des asados vient d’avoir un petit garçon, Martin??? (fils de Xtophe , donc!)Ces photos nous apportent du soleil, du vent, de la vie!!! super et à très bientôt!! mam

  5. Martine janvier 16 2011 @ 20 h 24 min

    Bonne année 2011 ma bichette ! Ta photo a cheval est affichée au Club avec ton itinéraire ! Que celui-ci continue à être bordé de belles rencontres et de souvenirs impérissables, surtout ceux que ne peuvent refléter aucune pellicule bien entendu ! Toute la DAG est avec toi et a du mal à te suivre dans ton ascension galopante ! Reçois nos amicales pensées