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Un an à vélo en Amérique du Sud

Jorge, gaucho de tradition

Jorge a 63 ans, il a 4 enfants issus de 2 ménages. L’ainée a 29 ans et un enfant, la dernière 18 ans et est encore à la maison. Son épouse a une sclérose en plaques et peut à peine marcher. Elle vit à Tucumán avec Guillerme et Carolina, les deux plus jeunes enfants.

Jorge lui, vit à Londres, dans la région Catamarca, là où je les ai rencontrés un dimanche. C’est un bourg de plus de 3000 habitants dans la région de Catamarca. Ils se rendent visite régulièrement à Londres ou à Tucumán.

A Londres, Jorge entretient la maison familiale, les terres et les chevaux. Il possède une dizaine de chevaux, dont un étalon dont il vend les services, quelques hectares de noyers et quelques arbres fruitiers. La maison est un vrai moulin, les portes sont ouvertes à tout le village dès 8h du matin. Les gens viennent, discutent un moment des affaires du village puis repartent.

Jorge prend son maté le matin. Vers 10h arrive Rosa, qui vient l’aider à maintenir la maison propre. Enfin, elle prend son travail avec un certain détachement ce qui chagrine l’esprit ordonné de mon hôte mais d’un autre côté, il est bien content d’avoir de la compagnie et quelqu’un pour l’écouter et le contredire au déjeuner quand il raconte toutes les misères du village. Elle lui révèle aussi tout ce que l’on pense de lui au village. C’est Rosa, qui se démenait à l’église pour préparer les fêtes de la vierge, qui m’a indiqué cette maison, un soir de pluie !

Il faut dire que Jorge n’a pas sa langue dans sa poche : furieux de voir un ado massacrant un tout jeune arbre sur la place du village sous les yeux du garde champêtre qui estimait que cela n’était pas de son ressort, il a sermonné et l’ado et l’employé municipal. Cela bien sûr lui a valu les foudres de ces concitoyens…

La vie de village n’est pas facile, tout se sait, tout se dit mais rien ne se fait. L’eau est devenue un problème et la municipalité ne fait rien. L’eau vient de la montagne par des canaux : l’un pour l’eau courante, l’autre pour l’irrigation des parcelles. La consommation est bien répartie, en principe. Sauf que certains ont construit des déviations pour irriguer clandestinement leurs parcelles. La conséquence est que la quantité d’eau potable n’est plus suffisante. Alors Jorge se met en rogne et veut contacter la région, les médias et le monde entier pour que l’on considère enfin ce problème.

Cependant, Jorge inspire un certain respect : il a une grande maison, on ne l’appelle ni Señor, ni Caballero, ni Jorge mais Doctor. Il est chirurgien de l’appareil digestif à la retraite. Mais si une vieille dame passe près du portail il va s’enquérir de l’état de ses os : « Ah, docteur, si vous saviez comme je souffre…. ».

Jorge est bon samaritain : il accueille souvent du monde dans la maison, quelques cyclistes m’ont précédés, des coureurs automobiles étaient là la veille…les cours de danses folkloriques et de tango se passent dans la cour de la maison. L’agrupación gaucha qu’il anime vient dresser les chevaux dans la cour.

Il aime faire partager ses passions et ses connaissances, il a pris sous son aile le fils de Rosa, Nicola et une amie de son agrupación gaucha, Amalia : il les emmène jouer au tennis, aimerait faire lire Nicola qui déchiffre tout juste du haut de ses 15 ans, aimerait aider Amalia à s’émanciper, à chercher du travail dans le domaine qu’elle a étudié (une licence dans les techniques minières). Ces batailles sont difficiles : la honte empêche la mère de Nico de l’envoyer apprendre à lire, Amalia préfère faire les ménages chez une vieille que de quitter son village pour travailler à la mine.

Jorge ne se lasse pourtant pas et croit qu’il va pouvoir faire changer les choses autour de lui. Il se fiche pas mal de savoir ce que l’on pense de lui et aimerait tellement voir son pays avancer.

Il a voyagé en Europe pour son travail, ses filles sont allées étudier en Italie et au Danemark. Ses 4 enfants se destinent à être avocats et le plus drôle est que l’une de ses filles lui a intenté un procès car il refusait de la laisser aller étudier en Italie ! Elle l’a gagné et est partie…Et finalement il reconnaît que c’était très bien pour elle!

20 12 2010 » Argentine, Portraits, Rencontres

2 Responses

  1. LLobet janvier 8 2011 @ 20 h 18 min

    nous te souhaitons une très très bonne année 2O11 tes parents sont a Comigne pour nous raconter leur séjour a Buenos Aires nous t attendons EN avril baisers ménine sur son ordinateur personnel

  2. Ménine, Grand Père février 5 2011 @ 11 h 13 min

    Bon courage pour la fin de ton voyage.Nous serons ravis de te retrouver et de t’entendre raconter tes aventures.
    Ménine a reçu pour Noël un ordinateur portable qu’elle est ravie de mettre en oeuvre;mais elle a du mal pour se plier aux contraintes techniques.
    Elle sera ravie de ton aide à ton retour à Comigne.
    Et moi aussi!
    Avec toute notre affection Grand Père