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Un an à vélo en Amérique du Sud

3 semaines sur les routes mythiques de Patagonie

La Ruta 40 et la Carretera Austral : 2 routes mythiques l’une en Argentine, l’autre au Chili. La première est mythique par sa longueur : en 5224 km, elle joint le Nord au Sud de l’Argentine, son 1er tracé date de 1935. La seconde, construite par Pinochet pour désenclaver les régions australes du Chili qui n’étaient accessibles que par la mer ou l’Argentine, est mythique par le gigantisme des travaux, qui ont duré 10 ans entre 1976 et 1986, engageant 10 000 hommes du Cuerpo Militar del Trabajo.
J’ai couvert un peu plus de 1300 km en 21 jours entre Bariloche (Argentine) et El Chaltén (Argentine), en passant par la Carretera Austral. Aucun jour de repos, très peu d’internet, pardon pour ce long silence !

Carte

Back to Basics…ou le bon gout de la vie simple

Le réveil sonne à 7h, je le repousse de 10 mn. Puis 5 minutes d’abdo car le vélo oublie quelque peu ces muscles ventraux…et puis ça met en forme pour la journée ! S’en suit l’aération et le séchage du sac de couchage et de la tente (ça, ça prend plus ou moins de temps en fonction du climat…). Ensuite, je mets l’eau à bouillir pour un thé et l’avoine aux fruits secs.
Départ vers 9 h. En général, je roule 2 bonnes heures avant la 1ere pause, je grignote parfois. Je déjeune ensuite vers 13h30 – 14h : sandwich de fromage, légumes, jambon ou thon, ça dépend.
Je reprends la route jusqu’à la pause goûter vers 17h et pose le vélo vers 19h30 – 20h. Il me faut généralement 3 petites heures pour préparer la petite maison portable, le dîner et me coucher. Le dîner consiste en une soupe de pâtes ou alors en une purée et dedans de la viande de soja ou du thon, des champignons et tomates séchées,des oignons et de l’ail. J’utilise pas mal de condiments pour agrémenter tout ça et me régale ! J’arrive à me laver quasiment tous les jours, que ce soit dans la douche du camping, les lacs ou les rivières.

Dans les sacoches :

Je transporte la nourriture de base que j’agrémente de produits frais dès que je passe un village (les avocats sont délicieux au Chili !). Par contre pas besoin d’emporter de l’eau, on en trouve partout. La logistique sur ce tronçon n’a pas été bien difficile, on croise un village presque chaque jour !

Solitude :

Elle est toute relative à cette saison, les touristes autochtones et étrangers parcourent beaucoup les routes. En voiture : les Allemands sont particulièrement nombreux, les Suisses se défendent pas mal, il y a aussi des Français et d’autres en tour organisés. En moto : ils ne s’arrêtent généralement pas, j’ai croisé des Colombiens et des Allemands. En stop (des Chiliens, Argentins ou Israéliens – ils sont surreprésentés ici) et à vélo (jamais je n’en ai rencontrés autant, jusqu’à 7 le même jour !). Il y a beaucoup d’européens – surtout Anglais et Allemands – quelques Nord et Sud-Américains. Généralement les Sud-Américains sont reconnaissables à leurs sacoches : ce ne sont pas des Ortlieb ou des Vaudé comme celles de tout le monde ! En fait, l’été austral étant court, les cyclos longue durée et ceux qui viennent juste pour la Carretera Austral se retrouvent à peu près tous sur les routes patagoniennes entre décembre et février.

Si j’ai beaucoup roulé seule, j’ai rencontré chaque jour des voyageurs ou des habitants, et n’ai dormi qu’une seule fois toute seule au bord d’un lac !

La Ruta 40 :

Tout scintillait en Argentine entre Bariloche et Trevellin : entre lacs et montagnes, la route fut bien belle.

En sortant de El Bolsón, j’ai croisé Martin, Nessa et Hannah, des Irlandais et une Galloise que je connaissais déjà, nous avons roulé 3 jours ensemble, campé au bord d’un lac somptueux, éprouvé les horribles pistes argentines pleines de grosses caillasses sous une chaleur accablante.

La Carretera Austral :

Apres un détour pour me ravitailler en gaz (cela demande un tout petit peu d’organisation, ce qui explique que la majorité des cyclistes préfèrent les réchauds à essence), je quitte tout ce petit monde vers 16h30 pour rejoindre la Carretera Austral au Chili alors qu’eux attendent un ami. Ce jour là j’arrive à Futaleufú à 21h30, la nuit tombante, sous la pluie. Mais comme à chaque difficulté répond une surprise, l’épicier chez qui je fais mes courses pour les jours suivants (les Chiliens n’autorisent aucune entrée de produit frais, laitiers ou même de fruits secs et miel sur leur territoire, ils craignent la bébête qui pourrait décimer leurs récoltes), prend son téléphone pour négocier le meilleur tarif dans un petit hôtel car il ne veut pas me voir laisser dormir sous la tente ! Me voici donc au sec.

Les jours suivants sont pluvieux, que c’est dur de se réveiller sous la pluie, le duvet et toutes les affaires trempées car la tente prend l’eau par le sol ! Alors le temps de profiter d’une accalmie pour égoutter toutes les affaires, le départ se fait beaucoup plus tardif…



Il m’arrive de m’offrir un petit café quand je passe dans un village, j’apprécie la chaleur d’un bon poêle !

Malgré mon costume complet de pluie, je suis quand même bien trempée à la fin de la journée, mais, comme à chaque difficulté répond une surprise, je profite de quelques très bons moments : un garde-parc se plie en 4 pour me permettre de camper au pied du superbe glacier suspendu au moindre prix




Une famille de fermiers m’ouvre la porte de chez eux avant même que j’ai demandé de planter la tente, je fais sécher toutes mes affaires, partage leur dîner et dors dans un bon lit !



Un autre soir, je m’offre un petit hôtel à Coyhaique (l’unique grande ville du coin) et y retrouve Josselin, un cycliste québécois que j’avais rencontré à San Pedro de Atacama 3 mois plus tôt !

Après une très longue journée de route, un col à plus de 1000 m et beaucoup de vent, la vue sur le cerro Castillo fut splendide et dégagée !

Le 6ème jour de pluie fut le plus dur : il a commencé sous un vent m’obligeant à pousser le vélo dans la côte, continué sous la pluie toute la journée, dans un paysage complètement bouché, il faisait froid, il n’y avait personne sur la piste, et que des marécages partout, impossible d’y planter la tente. Au moment où j’aperçois enfin un endroit près d’un fleuve, parfait pour camper, je vois une tente ! Il s’agissait de Hannes, un allemand voyageant sur un vélo couché, nous avons continué 2 jours ensemble.









Pendant toute cette traversée j’avais une carotte qui me faisait avancer chaque jour : attraper le bateau le 26 janvier à Villa O’Higgins (il n’y en a que 3 par semaine) pour retrouver Alexis en Argentine puis passer quelques jours avec lui avant d’aller retrouver Anne-Sophie plus au sud début février. Alors, un jour, j’ai même pédalé pendant quasiment 10h, pour faire 100 km sur de la piste en montagnes russes, avec un passage de col sous les glaciers à 423 m d’altitude (il faut penser qu’on est au niveau de la mer la plupart du temps  et qu’ils ne connaissent pas les routes en lacets ici), pris un camion sur 15 km pour m’avancer un peu



et j’ai été accueillie comme une reine par tout l’équipage du bac qui assure la traversée pour rejoindre la route en direction de Villa O’Higgins : dîner et petit déjeuner au chaud dans le bateau, lessive et douche chaude !! C’est vrai que d’être une fille seule facilite ce genre de situation, mais il faut savoir les provoquer aussi !





Cette route traverse une zone beaucoup plus humide que la Patagonie argentine : toutes les perturbations venant du pacifique se heurtent à la cordillère et arrosent la forêt humide, de grosses plantes poussent sur les flancs des montagnes, les eaux des fleuves sont très vives, mais à vélo, vous le comprenez, ce n’est pas facile, d’autant que le goudron ne couvre que 300 km et qu’on se demande s’il y avait des ingénieurs sur ce chantier, tant les côtes sont raides et fréquentes même lorsque l’on suit un fleuve, tant elles paraissent parfois inutiles vu la descente et remontée qui s’en suit.



De nombreux hommes sont morts durant la construction (sous des effondrements dus au dynamitage la plupart du temps), on voit des petits mausolées à leur gloire régulièrement : « un soldat ne meurt jamais pour rien ».



Cette route me semble à l’image du Chili : un pays très orgueilleux, qui joue beaucoup sur les symboles et les apparences mais cache de gros dysfonctionnements. Un détail m’a frappé, en quittant l’Argentine par la petite frontière de Futaleufú et ses horribles pistes, on tombe sur un goudron impeccable, mais qui s’arrête au bout de 10 km…Malgré cela, les Chiliens sont, pour la plupart, extrèmement accueillants.
La Carretera Austral fut aussi : ma première nuit toute seule sous la tente au bord d’un lac, l’abandon d’une cartouche de gaz qui fuyait un beau matin,











des paysages incroyables









d’autres bien couverts, beaucoup d’eau de toutes les couleurs…























Des journées de vélo bien difficiles : il m’était parfois impossible de pédaler plus de 70 km vu les conditions météo et la difficulté de la piste ! On a du mal à le croire vu le nombre de cyclistes que cela attire…



Cette épopée s’est terminée en beauté, après une jolie traversée du lac O’Higgins, nous avons mis, Philipp, Valeska et moi (des autrichiens de Graz sur la route depuis plus de 4 ans http://www.2-play-on-earth.net/ !) 8 heures pour faire 22 km dans la forêt entre pierres, boue et ruisseaux avec les vélos chargés ! Seuls les randonneurs et cyclistes un peu fous peuvent rejoindre l’Argentine par ce côté.















Nous sommes arrivés le lendemain à El Chaltén, une heure après qu’Alexis soit redescendu de l’Aiguille Poincenot, tout près du Fitz Roy, ils sont arrivés à 100m du sommet, grand moment !

Suite au prochain épisode…et merci à ceux qui ont lu jusqu’au bout !

24 02 2011 » Argentine, Chili

6 Responses

  1. alexis février 24 2011 @ 15 h 18 min

    et beh après ça il faudra qu’on aille en Afrique ou en Himalaya à vélo pour revivre quelque chose qui ne te semble pas tiède !!
    superbe récit…

  2. Anne-Claire février 24 2011 @ 17 h 59 min

    Quel diaporama de photos magnifiques!

  3. FJ février 25 2011 @ 10 h 26 min

    Magnifique !
    Bon vent et profites à fond de ces lieux.

  4. Sixtine février 27 2011 @ 16 h 52 min

    Les photos sont magnifiques !! Le récit est captivant 🙂
    T’as beaucoup de chance mais tu dois avoir les jambes en feu après tout ça ! en tout cas ça donne bien envie de suivre tes pas.

  5. astrid mars 8 2011 @ 11 h 03 min

    coucou! c’est quoi les grottes que l’on voit? de la glace ou de la roche? très très beau!

  6. admin mars 9 2011 @ 0 h 16 min

    La roche qui tombe dans le lac General Carrera au Chili est du marbre. Ces photos ont été prises lors d’une excursion en bateau à partir de Rio Tranquilo. C’est vraiment beau, d’autant que l’eau de cet immense lac est turquoise !