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Un an à vélo en Amérique du Sud

Entre ouverture au monde et préservation de leur culture, les Waoranis tâtonnent

Le peuple Waorani est une des communautés indigènes de la forêt amazonienne équatorienne. Leur territoire s’étend sur 790 000 hectares, dans l’Est de l’Equateur, la population comprend environ 2500 personnes.

Un environnement naturel exceptionnel

La forêt amazonienne équatorienne est connue pour être l’un des réservoirs de biodiversité les plus riches de la planète. Le sous-sol de cette forêt est particulièrement riche en hydrocarbures. La pression des compagnies pétrolières se fait de plus en plus forte pour gagner des territoires d’extraction dans l’Est de l’Equateur. Outre les conséquences écologiques de ces exploitations (contamination des eaux – un énorme scandale impliquant Chevron-Texaco a éclaté au milieu des années 1990, après 18 ans de procès, l’entreprise a été reconnue coupable en février 2011 d’une pollution dont les coûts de nettoyage s’élèvent à 8,6 millions de dollars ; appauvrissement d’une des biosphères les plus riches de la planète à cause de la déforestation), les conséquences sur les populations natives de ces contrées sont importantes : déplacement des populations, arrivée de nouvelles maladies face auxquelles les indigènes n’ont aucune défense immunitaire.

Avec la présence de ces compagnies, de nouvelles routes ont été construites, ce qui a désenclavé ces régions. Pour le mieux, en leur donnant accès à l’éducation par l’intermédiaire de professeurs qui viennent sur place, aux soins médicaux, aux moyens de communication modernes : aujourd’hui, même les communautés les plus reculées possèdent des radios. Cela permet aux communautés de communiquer entre elles, de se réunir et de défendre leurs intérêts face au gouvernement et aux entreprises pétrolières.

Pour le pire, cette ouverture affaiblit les cultures ancestrales et induit des besoins matériels nouveaux : il faut désormais vêtir toute la famille, acheter de la nourriture normale (pâtes, riz etc.) au lieu de consommer ce qui peut être cultivé sur place : manioc et viande, se fournir en couches pour bébés etc. Les hommes se sont mis à boire et cela coûte cher. Le plus ironique est de voir les enfants vêtus de T-shirt aux logos des compagnies pétrolières.

Par ailleurs la déforestation a des impacts indirects sur les pratiques des populations indigènes : le gibier se fait plus rare, l’accès à ces zones se fait plus facilement pour les braconniers et trafiquants de bois. Même des indigènes se sont mis à ces trafics pour subvenir à leurs nouveaux besoins. La chasse est un véritable problème pour les communautés Waoranis : les hommes chassent quelle que soit la saison pour vendre la viande et non pour la consommer. Ils ne respectent pas les périodes de reproduction, pendant lesquelles il faudrait cesser la chasse afin de permettre à la faune de se renouveler.

Les Waoranis en sont à une phase critique de leur survie dans leur milieu d’origine qu’est la forêt équatorienne : leurs besoins augmentent, leurs sources de revenus diminuent et leur environnement périclite, ils doivent donc trouver un équilibre nouveau s’ils souhaitent garantir l’avenir des générations futures.

L’AMWAE, association de femmes Waoranis

Cette importante question est l’objet de l’atelier organisé par différentes ONG présentes en Equateur : the Unión Internacional para la Conservación de la Naturaleza (UICN), the Wildlife Conservation Society (WCS), la Fundation Natura qui se sont joints à l’Asociacion de Mujeres Waorani de la Amazonia Ecuatoriana (AMWAE).

J’ai assisté à cet atelier, invitée par la présidente de cette association de femmes AMWAE, Manuela Ima, elle-même Waorani. Celle-ci fait un travail impressionnant pour sa communauté : en plus d’intervenir auprès d’instances nationales et internationales pour préserver la culture de sa communauté, sa langue et son territoire, elle a monté un réseau de boutiques d’artisanat en Equateur et un site internet bien fourni qui propose ces objets à la vente.

Elle défend les droits des femmes Waoranis et a parié sur leur force pour apporter à la communauté une stabilité de revenus et un développement harmonieux avec leur environnement naturel. Elle organise régulièrement des ateliers pour que les femmes Waoranis les plus anciennes apprennent aux plus jeunes leur savoir-faire et techniques d’artisanat et qu’elles définissent ensemble les normes de qualité des produits vendus en boutique. Manuela a eu la chance de faire des études et j’ai été très sensible à son pragmatisme.

Vers un avenir meilleur ?

Des zones intangibles ont été créées dans la forêt équatorienne pour préserver certaines communautés Waoranis qui vivent suivant leurs lois ancestrales et sans contact avec l’extérieur. Certains membres de la communauté, il y a seulement quelques années encore, faisaient savoir leur volonté de rester à l’écart du monde en tuant à la lance tout étranger qui s’aventurait sur leur territoire. L’AMWAE dénonce ces pratiques barbares mais pour autant demande que l’on respecte ces peuples. Cette solution radicale permet sans aucun doute aux Waoranis de continuer à vivre comme toujours.

Le gouvernement a par ailleurs décidé de la création d’un parc naturel : le parc Yasuni ITT qui englobe cette zone et renonce à l’exploitation pétrolière de ce périmètre qui représente 25 % des réserves de pétrole connues à ce jour, en Equateur. Ce sacrifice en faveur de la biodiversité est une première mondiale.

En échange le gouvernement a ouvert un fonds de collecte internationale afin de l’aider à supporter l’effort financier que ce sacrifice représente, il faut savoir que le pétrole représente plus de 50 % des revenus à l’exportation du pays. Rafael Correa, le président Equatorien actuel, semble avoir pris cette décision plus par pression politique que par conviction : le poids des questions écologiques fait qu’il ne pouvait passer à côté de l’opportunité de se poser en grand défenseur de la forêt amazonienne, dont il autorise la destruction par ailleurs parce que les revenus pétroliers lui sont trop importants. Mais cela n’empêche que l’impact de cette décision est très fort au niveau mondial.

Yasuni – ITT, le film

Au sein des communautés Waoranis plus proche de la population citadine (bien que certains aient mis 3 jours de pirogue pour rejoindre le lieu de rassemblement), l’atelier avec les ONG ont permis de soulever les problèmes exposés ci-dessus, d’envisager des pistes de réponses et des pistes de diversification des revenus.

De manière générale, les Waoranis ont été sensibilisés sur la préservation des ressources, afin de ne pas détruire tout l’environnement pour les générations futures. Des ateliers sont organisés pour leur apprendre les bonnes pratiques dans la culture de la palme utilisée pour l’artisanat : couper la feuille sans arracher toute la palme pour qu’elle puisse repousser. Par ailleurs, une chercheuse américaine, Varsha Vijay, était là pour effectuer un travail de recensement des plantes médicinales que les Waoranis utilisent depuis toujours. Cela dans le but d’écrire un livre et de le diffuser dans la communauté pour éviter la perte de savoir entre les générations.

L’artisanat vendu par le réseau de boutiques de l’AMWAE présente de nombreux avantages pour les Waoranis : le prix des produits est fixe et la majeure partie est reversée au fabricant. Si ce sont les femmes qui aujourd’hui s’occupent de l’artisanat, les hommes aimeraient maintenant y participer aussi. Ils savent fabriquer des lances, des arcs et tout un tas d’objets en bois et plumes qui pourraient être vendus en objets de décoration. Ceci représente déjà une petite victoire pour l’AMWAE, puisque cela signifie que les hommes sont prêts à s’investir pour le développement de la communauté et reconnaissent le mauvais comportement de certains : une tendance à aimer un peu trop les boissons alcoolisées notamment.

La communauté a décidé de développer la culture du cacao. C’est une plante basse, qui s’adapte très bien au sein de la végétation amazonienne, ne nécessite pas de déforester et peut se cultiver à petite échelle. Les femmes ont demandé une formation spécifique pour développer cette nouvelle culture.

Les ONG ont proposés aux hommes Waoranis d’apprendre à fumer la viande afin d’ajouter de la valeur à la viande qu’ils chassent et ainsi de réduire la nécessité de chasser en grande quantité puisque le prix de vente sera plus élevé et qu’ils ne dépendront plus des distributeurs de viande. Les ONG se chargeraient de trouver des débouchés équitables pour les viandes.

La communauté s’est par ailleurs mise d’accord pour nommer un responsable pour chacune de ces activités et présenter la liste des personnes à former.

Il me semble particulièrement intéressant de constater que chez les Waoranis, la cohésion de la communauté est assurée par les femmes. Ce sont elles qui travaillent l’artisanat et par ce fait font entrer de l’argent dans la communauté tout en maintenant vivantes les traditions. Elles envisagent même de promouvoir un tourisme équitable, ce qui prouve à quel point cette communauté veut s’ouvrir sur l’extérieur et faire connaître ses modes de vie. En waorani, pour dire oui, on dit hou ! et pour dire joli, on dit waponi. Esos dias fueron muy Waponi amigas, aprendi muchas, muchas gracias !

Pour aller plus loin…

Le site web de l’AMWAE : www.Waoraniwomen.org

A propos du Scandale Chevron Texaco : http://chevrontoxico.com/ et aussi Une vidéo

Sur le Projet Yasuni ITT

http://yasuni-itt.gob.ec/

http://www.voanews.com/english/news/usa/arts/Ecuador-Leaves-Oil-Riches-in-Ground-to-Save-Ecosystem-119484999.html

http://www.thecuttingedgenews.com/index.php?article=51778&pageid=23&pagename=Arts

15 12 2011 » Rencontres